Dave Kissoondoyal Mauritius Security Updates UPDATE 008 – Mauritius Security Situation | 15 October 2026

UPDATE 008 – Mauritius Security Situation | 15 October 2026

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Salle de classe vide, photographie illustrative sur les droits des enfants et l'éducation

Jeudi 15 octobre 2026 | Point de situation du matin

À 12 ANS, LA PRISON COMME RÉPONSE ? ET SI LE GOUVERNEMENT SE TROMPAIT DE PRIORITÉ ?

Maurice se réveille après une nouvelle nuit de couvre-feu. Les rues peuvent retrouver leur calme, mais les inquiétudes de la population demeurent. Une deuxième nuit de restrictions est encore prévue ce jeudi soir.

Le dernier bilan officiel fait état de 94 arrestations, dont 16 mineurs, et de sept policiers blessés. Des commerces ont été pillés, des infrastructures publiques endommagées et des incendies ont provoqué d’importantes pertes économiques.

Les supermarchés SaveMax de Camp-Levieux et de Bambous ont notamment été saccagés dans la nuit de mardi à mercredi. Des marchandises ont été volées et des incendies ont causé des dégâts dans les établissements.

Je condamne fermement ces actes. Détruire un commerce, voler ou incendier des biens ne constitue pas une réponse acceptable à la colère ou à l’injustice.

Mais aujourd’hui, une autre décision du gouvernement mérite toute notre attention.

Le Conseil des ministres envisage de modifier le Children’s Act pour abaisser de 14 à 12 ans l’âge de la responsabilité pénale et des poursuites concernant les mineurs.

Je précise qu’il s’agit, à ce stade, d’une proposition et non d’une loi déjà adoptée.

Douze ans !

À cet âge, un enfant devrait être à l’école, entouré de sa famille, protégé contre la drogue, la violence et les mauvaises influences. Et nous envisageons aujourd’hui de le faire entrer plus tôt dans le système pénal.

Il faut rappeler une chose fondamentale : lorsque le Children’s Act a été adopté en 2020, le relèvement de l’âge minimum de responsabilité pénale à 14 ans représentait une avancée dans la protection des droits de l’enfant.

Six ans plus tard, face à une crise sociale et sécuritaire, le gouvernement envisage de revenir sur cette protection.

Est-ce vraiment la bonne réponse ? Et surtout, est-ce le bon moment ?

Je ne demande pas l’impunité. Lorsqu’un mineur commet une infraction, il doit exister une réponse adaptée à la gravité des faits, avec des mesures de protection, de responsabilisation et de réhabilitation.

Mais avant de modifier une loi aussi sensible, avons-nous cherché à comprendre pourquoi des enfants de 13 ou 14 ans se retrouvent impliqués dans de tels événements ?

Qui les encadre ? Qui les protège ? Qui les écoute ?

Combien grandissent dans des familles confrontées au coût de la vie, aux difficultés de logement, aux problèmes d’approvisionnement en eau, à l’insécurité et à la présence de la drogue dans leur environnement ?

Je ne prétends pas que tous les mineurs interpellés agissaient pour dénoncer ces problèmes. Leurs motivations doivent être établies individuellement. Mais ces difficultés existent et méritent des réponses.

Le gouvernement veut-il traiter les symptômes ou les causes ?

Il annonce des couvre-feux, renforce les contrôles policiers, envisage des poursuites sous la législation antiterroriste lorsque celle-ci est applicable et réfléchit maintenant à abaisser l’âge de responsabilité pénale.

Ces mesures peuvent être présentées comme des réponses à l’urgence sécuritaire. Mais elles soulèvent également des questions de proportionnalité, de protection des libertés et de respect des droits fondamentaux.

Un enfant de 12 ans ne doit pas être considéré comme un adulte miniature.

La justice des mineurs doit rester fondée sur l’intérêt supérieur de l’enfant, la prévention, l’accompagnement et la réinsertion. La privation de liberté doit demeurer une mesure de dernier recours.

CURRENT ASSESSMENT : LA SÉCURITÉ NE SUFFIRA PAS À RÉTABLIR LA CONFIANCE

Les autorités maintiennent un dispositif sécuritaire renforcé. Le couvre-feu est prévu ce jeudi 15 octobre, de 20 h 30 à 5 h vendredi matin, dans les 17 zones désignées par l’arrêté gouvernemental.

Des vidéos d’incendies, de pillages et de scènes de tension continuent également de circuler sur les réseaux sociaux. Certaines montrent des incidents antérieurs ; leur diffusion ne permet donc pas, à elle seule, d’affirmer que de nouveaux troubles se sont produits cette nuit.

La situation appelle à la vigilance, mais aussi à la transparence.

Et n’oublions pas l’origine des tensions. Les problèmes d’eau, les difficultés économiques et les préoccupations liées à l’insécurité n’ont pas disparu. L’affaire Élodie Thomas, blessée par un tir policier, exige toujours que toute la lumière soit faite sur les circonstances des faits.

On ne peut pas annoncer que la situation s’améliore simplement parce que les rues sont moins agitées. Il faut aussi examiner si la vie quotidienne des Mauriciens s’améliore réellement.

Je pose donc une question au gouvernement :

Avant de vouloir poursuivre pénalement des enfants dès 12 ans, ne faudrait-il pas commencer par leur garantir les conditions d’une enfance digne, sûre et porteuse d’avenir ?

La protection des citoyens et le respect de la loi sont indispensables. Mais une politique de sécurité durable ne peut reposer uniquement sur la répression.

Elle doit aussi s’attaquer à la pauvreté, à la drogue, aux inégalités, aux défaillances des services publics et au sentiment d’abandon.

Un couvre-feu peut vider les rues. Une arrestation peut sanctionner une infraction. Mais aucune de ces mesures ne peut, à elle seule, reconstruire l’avenir d’un enfant.

Maurice doit retrouver la paix. Mais cette paix doit reposer sur la justice, la dignité et la confiance.

Dave Kissoondoyal

Sources

Le Mauricien : deux nouvelles nuits de couvre-feu, 94 arrestations

Le Défi Media : projet d’abaissement de l’âge de 14 à 12 ans

Le Défi Media : SaveMax Camp-Levieux et Bambous

Attorney General’s Office : Children’s Act 2020

Le Mauricien : enquête dans l’affaire Élodie Thomas

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