Depuis plusieurs jours, notre pays traverse une crise qui dépasse désormais les seuls problèmes d’ordre public. Les images de violences, les pillages, les incendies et les couvre-feux ont déjà porté un coup à la réputation de Maurice.
Mais les déclarations du Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur le financement présumé de certaines attaques contre la police par des trafiquants de drogue soulèvent une question encore plus préoccupante.
Si des réseaux criminels sont capables de financer des violences et de défier les forces de l’ordre, jusqu’où s’étend réellement leur influence dans notre pays ?
Cette question ne peut rester sans réponse.
Lorsqu’une telle accusation émane du chef du gouvernement, elle prend une dimension nationale et internationale. Elle est entendue non seulement par les Mauriciens, mais également par les investisseurs, les partenaires économiques, les ambassades et les professionnels du tourisme.
Les autorités britanniques ont d’ailleurs actualisé leurs conseils aux voyageurs en raison des troubles et des couvre-feux. Voilà une conséquence concrète de la crise sur notre image internationale.
Maurice a mis des décennies à construire sa réputation de pays stable, sûr et accueillant. Cette confiance constitue l’un de nos plus grands atouts économiques.
Nous ne pouvons pas permettre qu’elle soit fragilisée davantage.
Mais soyons clairs. Le problème n’est pas qu’un Premier ministre parle publiquement de la menace des réseaux criminels. Au contraire, la population a droit à la vérité.
Le problème commence lorsqu’une accusation aussi grave ne s’accompagne pas rapidement d’explications, d’éléments probants et d’actions concrètes.
Si les autorités disposent d’informations crédibles sur le financement de ces violences, les Mauriciens sont en droit de demander quelles enquêtes financières sont engagées, quels réseaux sont visés et quelles mesures sont prises pour identifier les véritables commanditaires.
Il ne s’agit pas de compromettre les enquêtes en cours. Il s’agit de démontrer que l’État conserve la capacité d’agir.
Car une question fondamentale se pose : comment des réseaux criminels auraient-ils pu acquérir une telle influence sans que les institutions chargées de protéger le pays aient réussi à les neutraliser ?
Et si les soupçons ne sont pas encore établis, il appartient au gouvernement de le préciser clairement.
Nous ne pouvons pas gouverner un pays sur la base d’accusations dont la portée dépasse largement nos frontières, sans en mesurer les conséquences.
Je refuse également que cette hypothèse serve à faire oublier les causes profondes de la colère populaire.
Les barons de la drogue n’ont pas créé la crise de l’eau, la vie chère, les difficultés des familles ou le sentiment d’abandon d’une partie de notre jeunesse. Ils ont peut-être exploité ces frustrations, mais cela reste à établir.
Le drame d’Élodie Thomas a profondément ébranlé la confiance entre la population et les institutions. Cette blessure ne disparaîtra pas avec un couvre-feu.
Aujourd’hui, le gouvernement doit mener deux combats simultanément : rétablir l’autorité de l’État face aux réseaux criminels et rétablir la confiance de la population dans ses institutions.
La sécurité nationale ne se mesure pas uniquement au nombre d’arrestations. Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à protéger ses citoyens, à faire respecter la loi et à préserver la crédibilité du pays.
Je demande donc au Premier ministre de clarifier les accusations avancées, de rendre compte des mesures prises contre les éventuels commanditaires et de présenter un véritable plan pour répondre aux problèmes sociaux qui ont précédé cette crise.
Maurice ne peut pas se permettre de devenir un pays où la population vit dans la peur, où les investisseurs doutent de notre stabilité et où les jeunes perdent confiance en leur avenir.
Un Premier ministre doit rassurer sans dissimuler, dénoncer sans spéculer et surtout agir sans attendre.
Car aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’ordre public qui est en jeu.
C’est la confiance du peuple, l’autorité de l’État et la réputation internationale de la République de Maurice.
Dave Kissoondoyal
Photographie illustrative de Port-Louis. Crédit photo : hiten a / Unsplash.