LE COUVRE-FEU EST LEVÉ. MAIS LE MALAISE SOCIAL, LUI, EST TOUJOURS LÀ !

Après plusieurs jours de tensions, de violences et de couvre-feu, le Premier ministre Navin Ramgoolam annonce enfin des consultations urgentes avec les ONG et les acteurs de terrain pour comprendre les causes du malaise social.
Je prends acte de ce changement de ton. Mais une question me bouleverse : fallait-il que notre pays connaisse des incendies, des affrontements, des blessés et des familles terrorisées pour que le gouvernement décide enfin d’écouter son peuple ?
Depuis des mois, les Mauriciens dénoncent la crise de l’eau, la cherté de la vie, l’insécurité, les ravages de la drogue et le désespoir d’une partie de notre jeunesse. Ces souffrances n’ont pas commencé avec les émeutes. Elles existaient bien avant.
Aujourd’hui, le Premier ministre reconnaît que donner un avenir aux jeunes constitue une responsabilité nationale majeure. Je partage ce principe. Mais comment concilier cette déclaration avec sa récente proposition d’abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 14 à 12 ans ? Veut-on tendre la main à nos enfants ou les envoyer plus tôt devant la justice ?
Et les barons de la drogue ?
Le Premier ministre les a publiquement mis en cause dans le financement des troubles. Aujourd’hui, il affirme que tous les moyens sont déployés pour identifier et arrêter les responsables.
Mais combien de ces barons présumés ont été identifiés ? Combien ont été arrêtés ? Où en sont les enquêtes sur ceux qui auraient financé et organisé les violences ?
Les Mauriciens ont droit à des réponses. Pas à de nouvelles accusations sans suite.
Concernant la crise de l’eau, je suis heureux d’entendre enfin que le gouvernement reconnaît la souffrance des familles. Mais une mère qui se réveille à quatre heures du matin pour remplir quelques récipients n’attend pas une nouvelle consultation. Elle veut savoir quand l’eau coulera normalement de son robinet.
Je salue également les nouvelles rassurantes concernant Élodie Thomas et rends hommage au personnel médical qui se bat pour son rétablissement. Son drame doit nous rappeler que derrière chaque crise, il y a des vies humaines, des familles et des souffrances bien réelles.
Monsieur le Premier ministre, vous annoncez vouloir comprendre comment notre pays en est arrivé là. Mais comprendre ne suffit plus. Il faut aussi assumer les responsabilités politiques et institutionnelles qui ont conduit à cette situation.
Le peuple n’attend plus des promesses. Il attend des décisions, des échéances et des résultats.
Je condamne sans réserve les violences. Je me réjouis du retour au calme. Mais je refuse que la levée du couvre-feu serve à tourner la page sur les véritables problèmes du pays.
Un couvre-feu peut vider les rues. Il ne peut pas effacer la colère, la pauvreté et le désespoir qui existent dans les foyers mauriciens.
Ma position reste inchangée. Je ne demande pas la chute du gouvernement. Je demande un leadership capable de restaurer la confiance, de respecter le mandat électoral et de tenir les promesses faites aux Mauriciens.
Car lever le couvre-feu, c’est une décision administrative. Restaurer la confiance d’un peuple, c’est une responsabilité politique.
Et aujourd’hui, c’est cette confiance qui manque le plus à notre pays.
Dave Kissoondoyal
Photo : Defimedia.info
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