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ELLE A 8 ANS. DANS SON SAC, UN PAIN MAISON ET UN PEU DE MARGARINE.

Infographie sur les enfants qui arrivent à l’école avec un pain maison et un peu de margarine

Aujourd’hui, une enseignante d’une école primaire de Beau Vallon m’a raconté quelque chose qui m’a profondément bouleversé.

Elle m’a dit : Les gens ne réalisent pas jusqu’où va la pauvreté dans notre pays. Ce n’est pas un enfant. Ils sont nombreux à venir à l’école avec un pain maison, avec seulement un peu de beurre ou de margarine.

Depuis, je n’arrive pas à chasser cette image de mon esprit.

Appelons-la Gaëlle.
Gaëlle n’est pas son vrai nom. Elle représente tous ces enfants dont nous ne connaîtrons peut-être jamais le visage, mais dont la souffrance est bien réelle.

Gaëlle se réveille tôt le matin.
Sa maman lui met son uniforme. Elle arrange ses cheveux. Elle prépare son cartable.
Puis vient le moment de préparer son repas.

Elle prend un pain maison. Elle l’ouvre. Elle passe un tout petit peu de margarine dessus.
Pas de fromage. Pas de fruit. Pas de jus. Pas de biscuit. Parce qu’il n’y en a pas.
Elle referme le pain, l’enveloppe soigneusement et le met dans le sac de sa fille.

Et peut-être qu’à ce moment-là, cette maman détourne le regard pour que Gaëlle ne voie pas ses yeux humides.

Peut-être qu’elle lui dit simplement :
– Ale bien lekol, ma fille.
Et Gaëlle part.

Elle entre dans sa classe comme les autres enfants.
Elle sourit peut-être comme les autres.
Elle ouvre son cahier.
Elle apprend à lire, à compter, à rêver.

On lui dit qu’un jour elle pourra devenir médecin, enseignante, ingénieure, avocate. On lui dit qu’elle est l’avenir de Maurice.
Mais à l’heure du repas, elle ouvre son petit sac.

Et devant elle, il y a ce pain.
Un pain maison.
Un peu de margarine.
Et c’est tout.

Pendant que d’autres enfants mangent, peut-être qu’elle mange doucement.
Très doucement.
Pour que son pain dure un peu plus longtemps.

Voilà une réalité de notre pays que nous devons avoir le courage de regarder en face.

La pauvreté d’un enfant n’est pas un chiffre dans un rapport.
– Ce sont des petites mains qui tiennent un repas trop maigre.
– C’est un ventre qui a faim pendant qu’un professeur explique une leçon.
– C’est une maman qui voudrait donner davantage à son enfant, mais qui n’en a simplement pas les moyens.
Et cela me fait mal.

Parce que derrière nos débats, nos milliards, nos grands projets et nos discours sur le développement, il y a encore des enfants qui vont à l’école avec presque rien.

Nous ne pouvons pas nous habituer à cela.
Nous ne devons jamais considérer cela comme normal.
Un enfant ne choisit pas de naître pauvre.
Un enfant ne devrait jamais avoir à payer le prix des difficultés de sa famille.

Ces enfants ne demandent pas le luxe.
Ils demandent simplement de manger correctement.
D’étudier dignement.
De grandir avec les mêmes chances que les autres.

Gaëlle est peut-être fictive.
Mais quelque part à Beau Vallon, et certainement ailleurs dans notre pays, son histoire est vécue chaque jour par de vrais enfants.

Alors lorsque nous parlons de l’avenir de Maurice, souvenons-nous de leur visage.
Souvenons-nous de ce pain.
Souvenons-nous de cette fine couche de margarine.

Parce qu’un pays ne peut pas regarder ses enfants avoir faim et continuer à dire que tout va bien.

Notre véritable richesse ne se mesure pas au nombre de milliards annoncés. Elle se mesure à ce que nous sommes capables de mettre dans l’assiette de l’enfant le plus vulnérable de notre République.

Et tant qu’un seul enfant ira à l’école avec la faim au ventre, nous aurons encore un devoir à accomplir.

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