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CANCER À MAURICE : COMBIEN DE FAMILLES DEVRONT ENCORE SOUFFRIR AVANT QUE NOUS NOUS ATTAQUIONS VÉRITABLEMENT AUX CAUSES ?

Il y a des nouvelles qui bouleversent une famille. Des nouvelles qui vous rappellent brutalement que, malgré toutes nos préoccupations quotidiennes, la santé de ceux que nous aimons reste ce que nous avons de plus précieux.

Lorsqu’un médecin prononce le mot « cancer », ce n’est pas seulement une personne qui est touchée. C’est toute une famille qui entre dans une période d’angoisse, d’incertitude, de sacrifices et d’espoir.

À Maurice, nous avons cette richesse humaine extraordinaire : nos liens familiaux. Parents, enfants, frères, sœurs, cousins, cousines, oncles, tantes, grands-parents. Lorsqu’un des nôtres souffre, nous souffrons avec lui.

Et aujourd’hui, je pense à toutes ces familles mauriciennes qui traversent silencieusement cette épreuve.

À celles qui attendent les résultats d’une biopsie. À celles qui accompagnent un proche à l’hôpital. À ces parents qui tentent de rester forts devant leurs enfants alors qu’ils pleurent en silence.

À ces malades qui affrontent leurs traitements avec un courage que les mots ne peuvent décrire.

Mais au-delà de notre compassion, nous devons avoir le courage de poser des questions qui dérangent.

Pourquoi autant de cancers à Maurice ?

Que savons-nous réellement de leurs causes dans notre population ?

Nos habitudes alimentaires jouent-elles un rôle ? Qu’en est-il des pesticides utilisés dans l’agriculture, des résidus présents dans certains aliments, de la pollution de l’air, de l’eau et des sols, des produits chimiques auxquels nous sommes exposés, du tabac, de l’alcool et de notre mode de vie ?

Quels sont les effets de ces expositions sur plusieurs décennies ?

Je ne prétends pas que tous les cancers ont la même origine. La science nous enseigne que leurs causes sont multiples, parfois génétiques, parfois environnementales, parfois liées à certains comportements, et parfois encore mal comprises.

Mais justement, lorsque nous ne savons pas, notre responsabilité est de chercher à savoir.

Les chiffres sont alarmants.

Selon les données officielles présentées par le ministère de la Santé, 3 362 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés à Maurice en 2024, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2023.

Cela représente en moyenne plus de neuf nouveaux diagnostics chaque jour.

Neuf personnes. Neuf vies bouleversées. Et derrière elles, combien de familles confrontées à la peur, aux dépenses, aux déplacements, aux traitements et à l’incertitude ?

Ces chiffres ne doivent pas devenir de simples statistiques dans un rapport ministériel.

Je reconnais l’importance du Centre national de cancérologie. Les investissements dans les équipements, les traitements, les spécialistes et les infrastructures hospitalières sont nécessaires. Les professionnels de santé qui accompagnent les malades méritent notre respect et notre reconnaissance.

Mais je pose une question fondamentale à nos dirigeants :

Est-ce que construire un hôpital pour soigner le cancer signifie que l’État a accompli toute sa mission ?

Un gouvernement responsable doit certes soigner les malades. Mais il doit aussi tout faire pour réduire les risques que ses citoyens tombent malades.

Soigner est indispensable. Prévenir est une responsabilité nationale.

Nous ne pouvons pas nous contenter de construire des infrastructures pour accueillir toujours davantage de patients, sans chercher avec la même détermination à comprendre pourquoi tant de Mauriciens développent cette maladie.

Je demande donc au Gouvernement de faire de la recherche sur les causes du cancer une véritable priorité nationale.

L’Organisation mondiale de la Santé, à travers son Centre international de recherche sur le cancer, ainsi que les institutions scientifiques compétentes, doivent être pleinement associées à une grande étude épidémiologique nationale indépendante.

Cette étude devrait examiner les tendances du cancer selon l’âge, le sexe, la région, les professions et les facteurs d’exposition. Elle devrait analyser les habitudes alimentaires, les résidus de pesticides, la qualité de l’eau, la pollution environnementale et les autres facteurs de risque reconnus ou suspectés.

Elle devrait également distinguer les différents types de cancer, notamment les cancers du sang, car nous ne pouvons pas supposer qu’ils partagent tous les mêmes causes.

Les résultats devraient être publiés de manière transparente, dans le respect de la confidentialité des patients, afin que les citoyens sachent à quels risques ils sont réellement exposés et quelles mesures doivent être prises.

J’ai pris connaissance de l’annonce gouvernementale concernant la mise en place d’un comité interministériel sur les pesticides et de l’intention de solliciter l’expertise de l’OMS et de la FAO.

C’est une démarche que je salue.

Mais une annonce ne suffit pas. Nous avons besoin d’un calendrier, d’un financement, d’une méthodologie scientifique, de résultats publics et surtout de décisions concrètes.

Il faut renforcer les contrôles sur les produits alimentaires, qu’ils soient produits localement ou importés. Il faut surveiller les substances dangereuses, protéger les travailleurs exposés, promouvoir une alimentation saine et améliorer les programmes de prévention et de détection précoce lorsque ceux-ci sont médicalement recommandés.

Il faut aussi mieux accompagner les familles, notamment sur les plans psychologique, social et financier.

Et nous devons poser une autre question : pourquoi les recommandations et les programmes nationaux de lutte contre le cancer ne sont-ils pas toujours suivis avec toute la rigueur nécessaire ?

Le National Audit Office a lui-même relevé des faiblesses dans le suivi du programme national de lutte contre le cancer et dans la collecte des données sur les patients.

Ces constats appellent des réponses, pas des excuses.

La santé publique ne doit jamais être prisonnière des changements de gouvernement, des rivalités politiques ou des lenteurs administratives.

Je ne souhaite pas politiser la souffrance des malades. Le cancer ne choisit ni les partis politiques, ni les communautés, ni les classes sociales.

Il peut frapper n’importe quelle famille, à n’importe quel moment.

C’est précisément pour cette raison que cette cause devrait nous rassembler tous.

Aujourd’hui, ma pensée va à chaque Mauricien et chaque Mauricienne qui lutte contre cette maladie, à ceux qui sont en rémission, à ceux qui ont perdu un être cher et à ces familles qui continuent de garder espoir malgré la douleur.

À tous ceux qui se battent, je veux dire : vous n’êtes pas seuls. Votre combat mérite bien plus que notre compassion. Il mérite une mobilisation nationale.

Et à ceux qui gouvernent notre pays, je veux adresser ce message :

Le véritable progrès ne se mesure pas uniquement au nombre d’hôpitaux que nous construisons, mais aussi au nombre de maladies, de souffrances et de décès que nous parvenons à prévenir.

Nous devons nous donner les moyens scientifiques, humains et financiers de comprendre ce qui se passe dans notre pays.

Car derrière chaque diagnostic, il y a une vie.

Derrière chaque vie, il y a une famille.

Et derrière chaque famille, il y a une partie de notre île Maurice.

N’attendons pas que le cancer frappe à notre propre porte pour comprendre que ce combat nous concerne tous.

Dave Kissoondoyal
MBA, LLM (Cyberlaw)

🇲🇺 POUR UNE ÎLE MAURICE QUI NE SE CONTENTE PAS DE SOIGNER, MAIS QUI CHERCHE AUSSI À PRÉVENIR.

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