NOS AÎNÉS NE DEMANDENT PAS LA CHARITÉ. ILS DEMANDENT LE RESPECT.

Veillir à Maurice : entre dignité, solitude et solidarité.
Il fut un temps où nos grands-parents occupaient une place centrale dans la vie familiale. Ils transmettaient leurs expériences, racontaient notre histoire, conseillaient les plus jeunes et veillaient sur plusieurs générations. Aujourd’hui, notre société évolue. Les familles sont parfois dispersées, les rythmes de vie se sont accélérés et la technologie transforme notre manière de communiquer. Mais une question demeure : avons-nous encore suffisamment de temps et d’attention pour ceux qui nous ont consacré une grande partie de leur vie ?
La solitude que nous ne voyons pas.
Derrière certaines portes fermées vivent des personnes âgées qui attendent simplement une visite, un appel téléphonique ou quelques minutes de conversation. Elles ne demandent pas nécessairement de l’argent. Elles souhaitent parfois seulement entendre une voix familière, partager un repas ou sentir qu’elles comptent encore pour quelqu’un. Nous parlons souvent de développement, de modernisation et de progrès économique. Mais quel sens donner au progrès si une personne âgée peut passer des journées entières sans recevoir une visite ? La solitude ne fait pas toujours de bruit. Elle peut s’installer discrètement, même dans un pays où la solidarité familiale demeure une valeur profondément ancrée.
Quand les services deviennent un obstacle
Nous vivons à l’ère du numérique. Les démarches administratives, les services bancaires, les rendez-vous et les communications passent de plus en plus par des plateformes électroniques. Cette évolution offre de nombreux avantages. Mais elle peut aussi compliquer la vie de ceux qui ne maîtrisent pas les outils numériques. Une personne âgée ne devrait jamais se sentir humiliée parce qu’elle ne sait pas utiliser une application, remplir un formulaire en ligne ou comprendre un message électronique. La modernisation doit faciliter la vie des citoyens, et non laisser certains d’entre eux sur le bord du chemin. Il est indispensable de maintenir une assistance humaine accessible, particulièrement pour les personnes âgées et celles qui rencontrent des difficultés avec les technologies.
Vieillir ne doit pas signifier perdre son autonomie
Pouvoir se déplacer, consulter un médecin, accomplir une démarche administrative ou participer à la vie sociale fait partie d’une existence digne. Pour certaines personnes âgées, un simple déplacement peut devenir une épreuve : attendre un transport, parcourir une longue distance ou rester debout dans une file. Nos services publics et privés doivent tenir compte de ces réalités. Le respect des aînés ne se limite pas à leur céder une place dans un autobus. Il signifie aussi concevoir des services accessibles, offrir des explications avec patience et préserver leur autonomie aussi longtemps que possible.
Nos aînés ont encore beaucoup à nous apporter.
Nous avons parfois tendance à considérer les personnes âgées uniquement comme des bénéficiaires d’aide.
C’est oublier leur immense contribution à notre société. Parmi elles se trouvent d’anciens enseignants, agriculteurs, artisans, fonctionnaires, entrepreneurs, ouvriers, parents et grands-parents qui ont participé, chacun à leur manière, à la construction de notre pays. Leur expérience constitue une richesse humaine que nous ne devrions pas négliger. Pourquoi ne pas multiplier les rencontres entre générations dans nos écoles, nos associations et nos quartiers ? Pourquoi ne pas permettre davantage aux aînés de transmettre leurs connaissances, leurs souvenirs et leurs savoir-faire ? Une personne ne cesse pas d’être utile à la société parce qu’elle prend de l’âge.
Le respect commence chez nous. Il serait trop facile de demander uniquement aux institutions de résoudre ce problème. La solidarité commence également dans nos familles, nos voisinages et nos communautés. Un appel téléphonique, une visite, une aide pour une démarche ou une invitation à partager un repas peuvent faire une véritable différence. Nous ne devons pas attendre une fête ou une journée internationale pour témoigner notre reconnaissance. Nos aînés ont besoin de respect et d’attention tout au long de l’année. Et surtout, ils ont besoin d’être écoutés. Il ne s’agit pas de décider systématiquement à leur place, mais de reconnaître leur droit à faire leurs propres choix et à vivre avec dignité.
Une responsabilité collective
Le vieillissement de la population nous invite à réfléchir dès maintenant à la société que nous voulons construire.
• Une société dans laquelle l’âge ne devient pas un facteur d’exclusion.
• Une société dans laquelle la technologie reste au service de l’être humain.
• Une société dans laquelle les personnes âgées continuent de participer à la vie familiale, culturelle et communautaire.
• Et une société dans laquelle personne ne doit mendier le respect.
Je voudrais terminer par une réflexion simple : “Une société ne se juge pas seulement à la manière dont elle prépare l’avenir de ses enfants, mais aussi à la manière dont elle respecte ceux qui ont construit son passé.”
Aujourd’hui, ils sont nos parents et nos grands-parents. Demain, ce sera peut-être notre tour d’attendre un appel, une visite ou simplement un peu d’attention.
Nos aînés ne demandent pas la charité. Ils demandent le respect. Et ce respect, nous leur devons tous.
Dave Kissoondoyal
3 novembre 2026
