2 NOVEMBRE : ILS N’AVAIENT PRESQUE RIEN, MAIS ILS NOUS ONT TOUT DONNÉ

À la mémoire de nos ancêtres engagés. À leur courage. À leurs sacrifices. Et à cette dignité qu’aucune pauvreté n’a pu leur enlever.
Le 2 novembre 1834, le navire Atlas arrivait à Maurice avec 36 travailleurs engagés venus de l’Inde. Ils ne savaient pas que leur arrivée allait marquer profondément l’histoire de notre île. Ils avaient quitté leur terre natale, leurs villages, leurs familles, parfois leurs parents qu’ils ne reverraient jamais. Derrière eux, il y avait des souvenirs. Devant eux, un avenir incertain. Ils traversaient l’océan avec leurs peurs, leurs espoirs et cette question que tant de migrants ont dû se poser : trouverons-nous une vie meilleure ?
Ils n’avaient ni richesse, ni pouvoir, ni privilèges. Mais ils portaient quelque chose d’inestimable : leur courage, leur culture, leurs valeurs et leur volonté de survivre.
Dans les champs de canne, sous un soleil impitoyable, ils ont connu la fatigue, les privations, les injustices et parfois l’humiliation. Le système de l’engagisme n’était pas une histoire romantique. Il fut aussi marqué par l’exploitation, les abus et des conditions de travail extrêmement difficiles. Mais nos ancêtres ne se résument pas à leurs souffrances.
Ils furent bien davantage que des bras pour couper la canne. Ils étaient des êtres humains avec une histoire, une langue, une foi, une culture et des rêves.
Ils avaient emporté avec eux leurs prières, leurs chants, leurs traditions, leurs langues et leurs connaissances. Le bhojpuri, le hindi, le tamoul, le télougou, le marathi et d’autres héritages linguistiques et culturels ont trouvé une nouvelle terre où vivre et se transmettre. Dans leurs modestes habitations, ils ont préservé ce qu’ils pouvaient de leur identité. Ils ont transmis le respect des anciens, la solidarité familiale, le sens du devoir, la persévérance et la valeur du travail. Et surtout, ils ont compris une chose fondamentale :
Leurs enfants ne devaient pas nécessairement connaître la même vie qu’eux.
Je pense aujourd’hui à ces pères qui rentraient épuisés après une longue journée de travail. À ces mères qui, malgré leurs propres souffrances, trouvaient encore la force de nourrir, de protéger et d’élever leurs enfants. À ces familles qui économisaient le peu qu’elles possédaient pour que la génération suivante puisse apprendre, progresser et vivre avec davantage de dignité. Ils n’avaient peut-être pas les moyens d’offrir de grands biens matériels. Mais ils pouvaient transmettre quelque chose de plus précieux : la conviction qu’une génération peut se sacrifier pour permettre à la suivante de se relever.
Et leurs sacrifices n’ont pas été vains.Les descendants de ces travailleurs sont devenus enseignants, médecins, ingénieurs, agriculteurs, entrepreneurs, fonctionnaires, artistes, chercheurs et responsables de notre pays. Ils ont contribué, aux côtés des descendants d’esclaves et de toutes les autres composantes de notre peuple, à construire la nation mauricienne.
C’est cela, la grandeur de notre histoire.
Nous ne sommes pas les héritiers d’une seule communauté. Nous sommes les héritiers de plusieurs histoires de souffrance, de résistance, de travail et d’espérance qui ont fini par construire une même patrie.
Aujourd’hui, lorsque je pense à mes propres origines, à nos villages, à nos parents et à nos grands-parents, je mesure le chemin parcouru. Je pense à ces familles modestes pour lesquelles l’éducation représentait une promesse d’avenir. Je pense à ces parents qui plaçaient les ambitions de leurs enfants avant leur propre confort. Et je me pose une question :
Sommes-nous aujourd’hui à la hauteur des sacrifices de ceux qui nous ont précédés ?
Car honorer nos ancêtres ne peut pas se limiter à déposer des fleurs, prononcer des discours ou organiser des cérémonies une fois par an. Leur rendre véritablement hommage, c’est défendre la dignité du travailleur. C’est veiller à ce qu’aucun enfant ne soit privé d’avenir à cause de la pauvreté. C’est respecter nos aînés. C’est préserver nos langues, nos cultures et notre patrimoine sans jamais les opposer à ceux des autres. C’est construire une société dans laquelle l’effort honnête permet encore de progresser.
Nos ancêtres ont travaillé pour que leurs enfants vivent mieux qu’eux. Notre responsabilité est de ne pas laisser une génération grandir avec moins d’espoir que la précédente.
Demain, lorsque nous regarderons les marches de l’Aapravasi Ghat, souvenons-nous qu’elles représentent bien plus qu’un monument historique. Elles symbolisent des vies bouleversées, des familles séparées, des souffrances endurées, mais aussi une extraordinaire capacité humaine à reconstruire son existence.
À tous ces hommes et à toutes ces femmes dont les noms ont parfois disparu de la mémoire familiale, mais dont les sacrifices vivent encore en nous, je voudrais simplement dire : Vous êtes venus avec si peu. Vous avez enduré tellement. Et pourtant, vous nous avez laissé un héritage immense.
Nous vous devons notre reconnaissance. Nous vous devons notre respect. Et surtout, nous vous devons de transmettre à nos enfants les valeurs qui vous ont permis de tenir debout.
Vous avez cultivé la terre. Mais votre plus grande récolte, ce sont les générations que vous avez fait grandir.
En ce 2 novembre, inclinons-nous devant leur mémoire. Que leur courage continue de nous inspirer. Que leur dignité continue de nous guider. Et que notre chère île Maurice demeure une terre où chaque enfant, quelles que soient ses origines, puisse grandir libre, instruit, respecté et fier de son histoire.
À nos ancêtres, éternelle reconnaissance.
Dave Kissoondoyal
2 novembre 2026 🙏🇲🇺

Leave a Reply