GANGA TALAO: NE DÉTRUISONS PAS LA NATURE AU NOM DE LA RELIGION!

Depuis ce matin, je réfléchis au projet de construction d’une nouvelle statue de 108 pieds de haut dédiée à Lord Hanuman à Ganga Talao. Je respecte profondément la foi et les intentions de ceux qui portent ce projet. Mais je tiens à exprimer, en toute sincérité, mon opposition à cette nouvelle construction, ainsi qu’à la bétonisation progressive de ce lieu sacré qui constitue l’un des plus beaux patrimoines naturels et spirituels de notre île. Cette prise de position n’est nullement dirigée contre notre religion. Bien au contraire.
Je m’exprime ici avec beaucoup d’humilité, en m’appuyant sur les connaissances acquises au cours de mes études en Hindi, en Sanskrit, sur la Bhagavad Gita et en Philosophie Indienne, études sanctionnées également par des certificats. Je ne prétends être ni un érudit ni une autorité religieuse. Mais ces enseignements ont profondément nourri ma réflexion et ma compréhension du Sanatan Dharma. Ils m’ont surtout appris que les valeurs transmises par nos textes sacrés ne doivent pas simplement être récitées, mais vécues au quotidien.
L’un des enseignements fondamentaux du Sanatan Dharma est précisément que la nature et la spiritualité sont indissociables. Le Divin ne se trouve pas uniquement dans nos temples ou dans les représentations de nos divinités. Il est également présent dans la terre, dans l’eau, dans les arbres, dans les montagnes et dans toute forme de vie.
L’Atharva Veda nous rappelle cette vérité à travers ces paroles magnifiques : माता भूमिः पुत्रोऽहं पृथिव्याः। Mata Bhumiḥ Putroham Prthivyah. “La Terre est ma mère et je suis son fils.” (Atharva Veda, 12.1.12). Ces paroles ne sont pas de simples versets destinés à être récités lors de cérémonies religieuses. Elles nous imposent une responsabilité morale. Si nous considérons réellement la Terre comme notre mère, comment pouvons-nous justifier sa dégradation au nom de la dévotion ?
L’Isha Upanishad nous enseigne également : ईशावास्यमिदं सर्वं यत्किञ्च जगत्यां जगत्। Issavyasyam idaṃ sarvaṃ yat kincha jagatyaṃ jagat. “Tout ce qui existe dans cet univers est imprégné de la présence divine.” (Isha Upanishad, verset 1)
Et dans la Bhagavad Gita, Lord Krishna déclare à Arjuna : रसोऽहमप्सु कौन्तेय। Rassoham apsu Kaunteya. “Je suis la saveur de l’eau, Oh fils de Kunti.” (Bhagavad Gita, chapitre 7, verset 8)
J’ai également eu le privilège d’effectuer un pèlerinage en Inde, un voyage qui a profondément enrichi ma réflexion spirituelle. Lors de mon passage à Pondichéry, j’ai été particulièrement marqué par la place accordée à la nature et par les efforts déployés pour préserver les espaces naturels. Cette expérience m’a rappelé combien la spiritualité peut s’exprimer dans le respect de l’environnement, dans la simplicité et dans l’harmonie avec ce qui nous entoure. Elle a renforcé une conviction que je porte depuis longtemps : nous n’avons pas besoin de transformer nos lieux sacrés en espaces monumentaux pour leur donner davantage de valeur spirituelle. Parfois, préserver un arbre, protéger une source d’eau ou simplement respecter le silence et la beauté d’un lieu constitue déjà un profond acte de dévotion.
Lorsque je médite sur ces enseignements, je ne peux m’empêcher de penser à Ganga Talao. Nous nous y rendons pour prier, pour nous recueillir, pour rechercher la paix intérieure et pour ressentir cette communion avec le Divin. Mais à force de vouloir rendre ce lieu toujours plus impressionnant par des constructions monumentales, ne risquons-nous pas de lui faire perdre ce qui constitue précisément sa beauté et sa sérénité?
J’ai une profonde dévotion pour Lord Hanuman. Mais avons-nous réellement besoin d’une nouvelle statue gigantesque pour témoigner de notre foi? La grandeur de Lord Hanuman réside-t-elle dans la hauteur d’un monument ou dans les valeurs qu’Il incarne? Son dévouement envers Lord Rama, Son humilité, Son courage, Sa discipline et Son esprit de service désintéressé ont inspiré des générations de fidèles. Ces qualités ne se mesurent ni en pieds ni en tonnes de béton.
Nous disposons déjà de magnifiques monuments religieux à Ganga Talao. Je pense sincèrement que le moment est venu de nous interroger sur la nécessité de poursuivre cette course aux constructions toujours plus imposantes. Ne serait-il pas plus conforme aux enseignements de notre Dharma de consacrer davantage de moyens à la protection du lac, à la préservation des forêts environnantes, à la propreté des lieux et au maintien de cet environnement naturel qui contribue tant à leur caractère sacré ?
Je ne remets en cause ni la sincérité ni la dévotion de ceux qui soutiennent ce projet. Je demande simplement que nous prenions le temps de réfléchir aux conséquences de nos décisions. Le développement religieux ne devrait jamais se faire au détriment de la nature, surtout lorsque cette nature fait elle-même partie intégrante de notre patrimoine spirituel.
Ganga Talao n’appartient pas uniquement à notre génération. Nous en sommes les dépositaires pour celles qui viendront après nous. Nos enfants et nos petits-enfants doivent pouvoir y retrouver cette même tranquillité, cette même verdure et cette même beauté naturelle que nous avons eu le privilège de connaître.
C’est pourquoi j’en appelle respectueusement aux organisations socioreligieuses, aux promoteurs de ce projet et aux autorités publiques afin qu’ils reconsidèrent cette nouvelle construction. Ouvrons un véritable dialogue. Évaluons sérieusement les conséquences environnementales de tout nouvel aménagement et donnons à la préservation de Ganga Talao la priorité qu’elle mérite.
Je crois également qu’il est important de rappeler une chose : exprimer une opinion différente sur un projet religieux ne signifie pas manquer de respect à sa religion. Le Sanatan Dharma possède une immense tradition de réflexion philosophique, de questionnement et de recherche de la vérité. Nous devons pouvoir débattre sereinement de ces questions, sans que la foi ou la sincérité de quiconque soit mise en doute.
Pour moi, protéger Ganga Talao n’est pas seulement une responsabilité environnementale. C’est aussi un devoir spirituel.
Et je voudrais terminer par cette réflexion : Nous n’avons pas besoin de construire toujours plus haut pour nous rapprocher de Dieu. Nous devons plutôt nous efforcer de vivre davantage selon les principes que nos textes sacrés nous enseignent. Si nous croyons véritablement que le Divin est présent dans toute la création, alors protéger la nature constitue certainement l’une des expressions les plus sincères de notre dévotion.
Préservons Ganga Talao comme un sanctuaire de foi, de paix et de communion avec la nature, et non comme un espace où le béton prend progressivement la place de la verdure. Car nous pouvons construire des monuments toujours plus grands, mais une fois la nature détruite, aucune statue, aussi majestueuse soit-elle, ne pourra nous la rendre.
धर्मो रक्षति रक्षितः। Dharmo Rakshati Rakshitah. Le Dharma protège celui qui protège le Dharma.
🙏 Har Har Mahadev !
🙏 Jai Bajrangbali !
Dave Kissoondoyal 🇲🇺

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